On peut persuader (et se persuader) d’idées douteuses ou fausses par de mauvaises raisons.
En effet, les croyances fausses peuvent aussi provenir des arguments les plus justes. Il suffit pour cela que se mêlent à une argumentation fondée des a priori auxquels on prend d’autant moins garde qu’ils peuvent être considérés comme allant de soi.
Mais la pensée scientifique (perso ; quel mélange implicite entre sciences exactes et ‘’sciences’’ sociales ou pseudo sciences. Déjà ici le vers est dans la pomme !!!) n’a aucune raison d’être immunisée contre ces interférences. De fait, on peut montrer que bien des idées douteuses proviennent de théories irréprochables et que, réciproquement, les idées reçues les plus fragiles s’appuient souvent sur une argumentation valide.
Les exemples analysés ici sont empruntés à diverses ‘’sciences’’ humaines, mais la philosophie et la sociologie des sciences modernes y occupent une place de choix. D’abord parce que ces disciplines sont aujourd’hui actives et influentes, qu’elles abritent des théories solides et qu’elles donnent une forte impression de convergence et de cumulativité. Mais les conclusions relativistes qu’on en tire _ et qui ont fini par prendre la force d’un poncif _ ne sont que le résultat de ces effets de contamination de l’explicite par l’implicite.
Raymond Boudon, membre de l’Institut, est professeur de sociologie à l’université de Paris-Sorbonne. On peut citer, parmi ses ouvrages essentiels, L’Inégalité des chances (1973), La logique du social (1979), La Place du désordre (1984), L’Idéologie (1986) ainsi que le Dictionnaire critique de la sociologie (1982, en collaboration avec François Bourricaud).